Voici le superbe texte que Cyrille Dupouy a écrit au cours de notre voyage en juin 2007.

Vous pouvez le retrouver en introduction du topo de Christian ravier

“Taghia Montagnes Berbères”




Il est des hommes comme de leur pays, lumineux et tranquilles. Qui de l’un a façonné l’autre, je me plais à l’oublier. A Taghia, la beauté des montagnes et des gens qui la peuplent vous va droit au coeur en une franche évidence. Chaque sourire, chaque regard échangé portent en eux l’accord privilégié du Berbère à sa terre. En une correspondance subtile se répondent le bonheur de la rencontre et celui de la découverte.

Découverte de ces parois où l’ocre et le rouge finissent en une même poussière; découverte de l’eau froide et claire qui court au long des akkas.

Aux plateaux meurtris de soleil où l’ombre se fait discrète succède la fraîcheur des gorges à la parfois si étroite silhouette.

Le soir venu en traversant les jardins verdoyants, monte des champs de blé le chant psalmodié des moissonneurs courbés sur leur faucille; ils chantent la mélodie lancinante et commune à tous de l’origine du monde.

Des femmes aux tenues bariolées, couleurs vivantes, poussent des ânes sans âge vers la fin du jour. Du sol, monte l’aigre douceur des parfums de paille et d’herbe que l’on vient de couper; partage précieux qui fait frémir ma mémoire.

Je ne me souviens plus très bien des cotations des voies que nous avons gravies.

Je me souviens du feu que des bergers entretiennent au milieu de la nuit, là où seuls les cailloux semblaient exister.

Je me souviens du froid de cette aube claire sur le plateau du Tadrarate, matin de bivouac, atterrissage en douceur au sortir d’étranges fissures.

Je me souviens du regard complice de Christian et Saïd, Berbères du nord et du sud.

Je me souviens très bien de ces quelques sommets atteints d’où l’on descend à pied, grimpe et marche même jeu.

Je me souviens des tambours et des litanies qu’ils soulèvent, peaux tendues à la brûlure de la flamme.

Enfin il me souvient les yeux grands ouverts de mes compagnons, fascinés par tant de magie.

                                                                                       Cyrille Dupouy


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